ART TRIBAL INDIEN : LES WARLIS

Œuvres


Art tribal indien : les Warlis


8 % de la population indienne est d’origine tribale, soit plus de 100 millions d’individus répartis sur plus de 10 % du territoire. Ce sont les Adivasi, littéralement les premiers habitants, correspondant aux peuples aborigènes de l’Inde. Les Adivasi, originellement animistes et donc hors-castes, furent les premiers habitants à peupler le sous-continent indien bien avant l’arrivée des Indo-Aryens qui apportèrent la langue sanskrite, le système des castes, la mythologie védique puis brahmanique. 

 

Les Warlis constituent l’une de ces nombreuses tribus (plus de 200 en Inde) et comptent environ 600 000 habitants vivant entre le Maharashtra et le Gujarat à 200 km environ au nord de Bombay. Leur territoire paisible,  caractérisé par la plaine côtière de la mer d’Oman, les collines, montagnes, forêts, ruisseaux, rizières et structuré en villages, a permis aux habitants de garder leur identité même si la modernité les touche progressivement. Agriculteurs respectueux de leur environnement (warla signifie parcelle de terre), ils  attribuent une âme aux choses comme aux êtres. Ils craignent les ancêtres, les fantômes, les démons dont seuls leurs dieux peuvent les protéger s’ils les honorent selon les rites dirigés par le Chaman.

 

La peinture Warli est l’héritière et le prolongement de l’art pariétal ancestral observé dans les grottes de Bhimbetkta dans le Madhya Pradesh et Sohagighat dans l’Uttar Pradesh, sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et qui remontent à 10 000 - 5000 av JC. 

 

A l’origine, La peinture des Warlis est un acte rituel et éphémère pratiqué sur les sols, les murs extérieurs et intérieurs des maisons construites en terre rouge et structures en bambou entourées d’un enclos de branchages, par les femmes du village, de façon collective. Elle est faite à l’occasion des mariages et de la célébration de la récolte du riz. Réalisée par des filles célibataires sous la direction de femmes mures et accomplies où le Chaman n’occupe qu’un rôle mineur, cette œuvre collective s’enracine dans des rites sociaux et sacrés où les thèmes majeurs sont la fécondité, le lien et l’alliance à la tribu et à la famille et le respect de la Nature. La place spécifique et le pouvoir des femmes jouent un rôle essentiel dans la cohésion sociale et le maintien de la tradition.

 

Ces fresques traditionnelles sont toujours d’actualité et réalisées à l’occasion des mariages et de la récolte du riz. Néanmoins, cette pratique rituelle ancestrale a subi au cours des années 70, un changement radical grâce au rôle de la politique et des programmes gouvernementaux indiens. Conscient de la disparition progressive de ce patrimoine artistique, le gouvernement indien a distribué de nouveaux supports, le papier et la toile afin de pouvoir conserver une trace durable de ces peintures éphémères et d’augmenter les maigres revenus des Warlis en leur permettant de vendre leurs productions. Cela a permis de faire descendre l’art, du mur au rouleau portatif, de passer de l’art rituel à l’art contemporain et de la tradition collective à une expression individuelle. Au départ exposées et vendues dans les magasins d’Etat, les peintures à l’expression plastique aboutie vont vite accéder au musée, à la galerie et au marché de l’art. Les femmes qui étaient depuis toujours dépositaires de cette tradition s’en voient déposséder au profit des hommes. Il faudra attendre le début des années 2000 pour observer le retour progressif des  femmes qui deviennent des artistes explorant des champs d’expression visuelle, plus libres et plus novateurs.

La peinture Warli, bicolore est un art subtil et délicat. Les artistes peignent au sol, assis en tailleur, sans dessin préalable. La palette de couleurs, simple, reflète l’association étroite de la communauté avec la nature. Pour le fond, un mélange de terre et de bouse de vache, cendres ou poudre de charbon donne des tonalités allant de l’ocre rouge, au brun et jusqu’au noir. Les dessins blancs sont obtenus à partir d’un mélange de farine de riz, d’eau et de résine et sont placés à l’aide d’un bâtonnet de bambou préalablement mâchonné en son extrémité afin de lui donner une souplesse. Même si l’acrylique et les pinceaux sont de plus en plus utilisés,  l’apport de terre, de bouse de vache et de résines naturelles restent les matériaux essentiels.

 

L’iconographie est construite autour d’un vocabulaire graphique simple : le rond, le triangle  nés de l’observation de la nature (la lune, le soleil, la montagne…), le carré apparaît comme une création de l’homme afin de délimiter l’enclos sacré (le chowk), la parcelle de terrain. Les figures humaines, animales et les divinités sont formées de deux triangles opposés par l’un des angles avec une tête ronde et des membres filiformes. Les animaux sauvages (tigres, singes, lézards, rats….) sont beaucoup plus figuratifs. Malgré l’utilisation de simples figures géométriques, les artistes excellent pour traduire le mouvement : les personnages courent, dansent, marchent, portent une charge…. grâce à une subtile différence d’inclinaison entre deux triangles ou de l’ouverture plus ou moins importante de la ligne brisée…

 

Les thèmes privilégient les scènes de la vie rurale (chasse, pêche, travaux des champs, récoltes et ses différentes étapes…), le paysage où l’arbre considéré comme sacré bénéficie d’un traitement graphique attentif ainsi que les animaux sauvages ou domestiques à forte charge symbolique voire divine. Mais les fêtes de l’année sont aussi représentées démontrant une vie sociale à dimension collective et conviviale où la danse rituelle Tarpa est toujours mise en valeur. Les légendes, croyances, divinités relatent « un monde enchanté » », un hymne à la vie et aux forces de la Nature où aucune distinction n’est faite entre le profane et le sacré.

 

Si la majorité des peintres poursuivent une vie agraire et ont appris en regardant les Anciens, ils savent se dégager des schémas iconographiques pour évoluer vers une expression plastique, un désir d’innovation, plus de dépouillement, allant même jusqu’à des motifs abstraits.

 

Les peintures narratives des Warlis sont expressives, délicates, poétiques, d’une grande fraîcheur, authenticité et indépendantes des modes qui puisent aux origines même de l’Art et s’inscrivent dans une histoire Universelle. Elles questionnent notre rapport à la Nature et à la mémoire collective et nous permettent d’ouvrir et de poser un autre regard sur les œuvres venues d’ailleurs.

 

Pour la première fois à Nantes, La galerie La Folie des Arts présente une exposition inédite, passionnante et d’une infinie richesse en offrant un Voyage à travers la créativité rurale et tribale de l’Inde.

 

 

 

 

Marie-José GUILLET-PICHELIN


EXPOSITION N°26






LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE

Située au nord de Nantes, dans le quartier du Pont du Cens, à proximité de l'église Notre Dame de Lourdes, La Folie des Arts bénéficie de conditions d'accès faciles et de nombreuses possibilités de stationnement gratuit. 

 

OUVERTURE PENDANT LES EXPOSITIONS

Jeudi : 14H00 - 18H30

Vendredi - Samedi - Dimanche : 14H00 - 19H00

Et sur rendez-vous.

 

VENIR À LA FOLIE DES ARTS

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